Théoricien rebelle, Paul-Émile Borduas (1905-1960) aspire à une liberté d’expression aux antipodes du nationalisme caractérisant le Québec du milieu du vingtième siècle. Alors qu’il étudie à Paris en 1938, Borduas est marqué par les idées de l’écrivain surréaliste André Breton sur la « peinture automatique » et celles de Léonard de Vinci voulant qu’un artiste puisse créer sans idées préconçues. De retour à Montréal, il transforme de façon « automatique » ses pensées sur le mouvement, le rythme, les volumes et la lumière en dessins et en peintures.

 

« Borduas découvre une toute autre manière de concevoir la production d’un tableau. [...] Sa peinture en devient de plus en plus sûre d’elle-même, s’affirmant dans les riches empâtements, le sentiment fort de mouvements (vers la périphérie de la composition ou son centre), les contrastes marqués entre les couleurs opaques (le blanc dominant) et la translucidité. »François-Marc Gagnon

 

Paul-Émile Borduas. Sa vie et son œuvre explore sa carrière tumultueuse, marquée par la création, dans les années 1940, des Automatistes, un groupe de jeunes artistes et intellectuels d’avant-garde qui adhère à certaines idées proches de l’anarchisme en affirmant : « Nous croyons la conscience sociale susceptible d’un développement suffisant pour qu’un jour l’homme puisse se gouverner dans l’ordre le plus spontané, le plus imprévu. »

 

Aucun autre mouvement artistique canadien ne témoigne d’une telle cohérence entre théorie et pratique. Borduas sera en 1948 l’auteur principal de Refus global, un manifeste qui s’en prend au climat politique paroissial du Québec sous Duplessis. Suivant sa publication, Borduas perdra son poste d’enseignant à Montréal et, quelques années plus tard, s’exilera à New York, puis à Paris, où il décédera. Apportant de l’eau au moulin de la Révolution tranquille des années 1960, ses idées auront une influence durable sur la culture visuelle canadienne et le contexte sociopolitique québécois.

 

François-Marc Gagnon (1935-2019) était un professeur émérite de l’Université de Montréal et de l’Université Concordia, et parmi les historiens de l’art les plus respectés au Canada. Membre de l’Ordre du Canada et Officier de l’Ordre national du Québec, il a publié de nombreux ouvrages sur l’art canadien, notamment deux autres livres à l’Institut de l’art canadien : Jean Paul Riopelle : sa vie et son œuvre et Louis Nicolas : sa vie et son œuvre.

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