Les fondations de la maîtrise technique du dessin et de la peinture que l’on voit chez Jack Chambers (1931-1978) sont jetées pendant sa formation de cinq années à Madrid. À cette époque, il a tendance à détailler ses dessins et à contrôler étroitement ses tableaux. Il deviendra un expert de la représentation de la figure humaine et du paysage. La variété de techniques artistiques apprises et pratiquées par Chambers contribue à la tension paradoxale qui traversera toute sa vie, comme artiste et comme homme de famille. L’artiste est un partisan du « classicisme radical », tout à la fois perfectionniste et expérimentateur tenace.
Chambers commence son parcours artistique pendant qu’il est lycéen, à London, en Ontario. Avide de nouvelles expériences artistiques, après qu’il reçoit son diplôme, il se rend à Québec et à Mexico. En 1952, il fréquente l’Université de Western Ontario où il suit le cours du professeur de littérature anglaise et spécialiste de l’art, Ross Woodman. Toutefois, Chambers, qui cherche toujours la façon de devenir un artiste sérieux, quitte Western et embarque à New York pour l’Europe en septembre 1953.
Pour un temps, Chambers voyage : Rome, l’Autriche, puis le sud de la France. Toujours audacieux dans la poursuite de ses désirs et résolu à se former comme artiste, il raconte qu’il s’est présenté sans s’annoncer à la maison de Pablo Picasso (1881-1973). Face à la grille d’entrée verrouillée, il a escaladé le mur et a réussi à obtenir une audience. Picasso lui conseille alors d’étudier à Barcelone.
Chambers finit plutôt par fréquenter une école d’art à Madrid. En mai 1954, après bien des détours, la prestigieuse, mais très traditionnelle Escuela Central de Bellas Artes de San Fernando (École centrale des beaux-arts de San Fernando) lui accorde l’admission. Il commence ses cours en octobre 1954, excelle dans ses études et obtient son diplôme cinq ans plus tard, au printemps de 1959.
Chambers adopte l’Espagne, apprend l’espagnol, se convertit au catholicisme en 1957 (sa religion première est le baptisme) et, en 1959, rencontre sa future épouse, Olga Sanchez Bustos. En 1960, il achète un appartement dans le village de Chinchón, près de Madrid, car il prévoit y rester. Il présente sa première exposition individuelle à la Galeria Lorca, à Madrid, en 1961.
En mars 1961, une lettre lui apprenant la grave maladie de sa mère vient bouleverser sa vie. Il retourne à London où il est ébahi par l’essor du milieu artistique, animé par Greg Curnoe (1936-1992), qui deviendra bientôt son grand ami. Après avoir renoué avec Ross Woodman et d’autres amis artistes, Chambers décide finalement de rester au Canada.
Pourtant, Chambers est devenu proche de quelques-uns de ses camarades d’étude à Madrid, surtout d’Antonio López García (né en 1936). Les deux travaillent étroitement avec d’autres étudiants de la Escuela Central, formant l’éminent groupe des nouveaux réalistes espagnols. Sa vie durant, Chambers aura des relations assez suivies avec ces artistes. Il est possible d’établir des parallèles entre son travail de 1968, comme son tableau emblématique La 401 vers London nº 1, 1968-1969, et le réalisme qui caractérise ce groupe. Des similarités se voient aussi dans l’approche des artistes espagnols et ce que Chambers appelle son réalisme perceptuel. Comme eux, il cherche à créer une profonde réflexion de l’expérience sensorielle primaire et non pas d’en faire une simple reproduction photographique.
Cet essai est extrait de Jack Chambers : sa vie et son œuvre par Mark A. Cheetham.