Tête d’orignal, d’après la nature v. 1855

Tête d’orignal, d’après la nature v. 1855

Zacharie Vincent, Tête d’orignal, d’après la nature, v. 1855

Aquarelle et mine de plomb sur papier marouflé sur carton, 16 x 18,1 cm

Musée national des beaux-arts du Québec

Dans Tête d’orignal, d’après la nature, Vincent démontre ses capacités à observer les éléments de la nature et à rendre la puissance de l’animal. Le rendu du modelé de la tête et du détail naturaliste du panache témoigne aussi de cette habileté.

 

Tête d’orignal, d’après la nature semble également traduire les principes animiste et totémiste en vigueur dans les cultures autochtones, selon lesquels tous les êtres humains sont associés et s’identifient à un animal clanique, en vertu d’un lien de parenté symbolique.

 

L’œuvre évoquerait peut-être, du même coup, le récit cosmogonique de la chefferie, qui raconte l’histoire des jumeaux Tsestah (« fait de feu ») et Tawiskaron (« fait de silex »). Tsestah se met le premier à la tâche, en aménageant des plaines, des forêts, des rivières, des arbres nourriciers et des poissons sans écailles, dans le but de prémunir les hommes contre la faim, le travail et la douleur. Afin que leur existence ne devienne pas trop aisée, Tawiskaron sème le désordre et met en place des contraintes, en créant des montagnes, des marécages, des rapides, le vent du nord, des animaux féroces, et en couvrant certains poissons d’écailles. Chaque frère a le pouvoir de modifier le travail de l’autre, sans toutefois le bouleverser totalement. Ainsi, cette dynamique entre le Bien et le Mal constitue un principe non pas antithétique, mais complémentaire.

 

Tsestah le bienfaiteur rusé réussit à sauver l’humanité des désordres engendrés par le destructeur Tawiskaron. Lorsque Tsestah découvre que Tawiskaron craint les panaches de cervidés, il répand cet attribut du pouvoir sur le territoire et l’utilise pour transpercer son frère. Le sang de Tawiskaron se répand alors en se transformant en silex. Tsestah crée, par la suite, la civilisation wendat, celle de l’île de la Grande Tortue.

 

Par sa nature puissante et bienfaitrice, son rôle d’organisateur et de protecteur de l’ordre, Tsestah pourrait ainsi s’avérer l’ancêtre mythique des chefs. En vertu de cette filiation, les cervidés seront associés à la chefferie : pour parler d’un chef destitué, les Hurons disent, par exemple, qu’il « a perdu ses bois ». Ainsi, avec Tête d’orignal, Vincent évoque le symbolisme mythique associé aux cervidés et au pouvoir politique et religieux des chefs hurons.

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