Notman est un technicien expert et un inventeur enthousiasme d’outils et de techniques pour sa photographie. Il préfère le collodion humide au daguerréotype plus populaire. Réputé surtout pour ses photographies composites sophistiquées, Notman se montre généreux avec ses inventions, espérant, bien sûr, exercer de l’influence sur le grand cercle des professionnels.

 

 

Le procédé au collodion humide

À l’ouverture de son studio, Notman emploie surtout le procédé au collodion humide, certes révolutionnaire, mais astreignant et capricieux, perfectionné par l’Anglais Frederick Scott Archer, au début des années 1850. (Pour une merveilleuse démonstration du procédé, voir cette courte vidéo du Musée J. Paul Getty.)

 

Contrairement à d’autres de sa génération qui favorisent le daguerréotype, Notman évite ce procédé. Le daguerréotype produit une seule petite image positive sur une plaque de cuivre qu’il faut conserver dans un étui à l’abri de la lumière. Inventé en France, le daguerréotype devient très populaire en Amérique du Nord, où l’incroyable précision de ses détails est très prisée.

 

Art Canada Institute, William Notman, Missie Alice Notman in Sleigh with Nurse,1865
William Notman, Missie Alice Notman dans un traîneau avec sa gouvernante, Montréal, 1865, sels d’argent, collodion humide, 12 x 10 cm, Musée McCord. Des résidus chimiques du procédé au collodion humide sont visibles dans la zone au-delà des repères de cadrage noirs.

 

Dans le procédé au collodion, il faut enduire une plaque de verre d’un mélange chimique. Sa surface encore collante, on transporte la plaque en chambre noire où on la dépose dans un bain de nitrate d’argent pour créer de l’iodure d’argent. Encore humide, la plaque est insérée dans l’appareil photographique, puis exposée. Il faut la développer immédiatement au moyen d’une solution acide et la fixer. À chaque étape, poussière, sécheresse, voire un souffle sur la plaque, peuvent ruiner l’exposition. Des erreurs dans le calcul du temps ou du mélange ne sont pas rares et on risque toujours d’ébrécher ou de fendre la plaque.

 

Art Canada Institute, an example of a glass plate negative from the studio of Notman's Ottawa partner, William James Topley, approx. 50 x 90 cm
Négatif sur plaque de verre de l’image composite d’un dîner de la garde descendante, environ 50 x 90 cm, Bibliothèque et Archives Canada. Ce négatif d’une photographie composite provient du studio Notman à Ottawa, dirigé par son partenaire William James Topley.

En 1858, quand la Compagnie du Grand Tronc le charge de photographier la construction du pont Victoria, Notman peut tirer un nombre illimité de photos de négatifs sur plaque de verre. Peu importe le format final, le procédé au collodion humide produit de somptueuses images détaillées qui conviennent parfaitement au goût victorien de la parure et de l’ornement. Ce procédé permet aussi de produire des images plus grandes que les procédés antérieurs, une capacité dont Notman tire profit pour produire ses images surdimensionnées de la construction du pont Victoria. Les plaques de verre servent aussi à produire des images stéréoscopiques. La reproductibilité des images au collodion humide change l’entreprise de Notman du tout au tout. Il peut voir chaque commande comme une occasion d’affaires sans fin. La seconde édition de la boîte d’érable, réunissant une sélection de splendide photographies — exposées dans le studio de Notman —, sert à faire découvrir aux clients les épreuves qu’ils peuvent commander.

 

 

Les cartes de visite

Dès 1860, Notman participe à l’engouement pour la toute nouvelle mode des cartes de visite, un procédé qui réduit les coûts de production en produisant huit petits négatifs sur la même plaque et en permettant l’impression à partir de ce négatif. Les épreuves à l’albumine ainsi produites sont petites, soit 5,4 sur 8,9 cm (2⅛ x 3½ po), et, montées sur un carton de 6,4 sur 10,2 cm (2½ x 4 po), elles sont prêtes à donner et à collectionner. Ces petites images sont follement populaires et alimentent l’engouement simultané pour les albums de photos, une forme de conservation organisée, impossible à faire avec les daguerréotypes sur métal ou les ambrotypes sur verre. Toutefois, la demande grandit bientôt pour une photographie plus grande qui conviendrait mieux aux groupes et aux paysages. (Il fallait que le négatif lui-même soit plus large, car il était difficile de réaliser des agrandissements à partir des négatifs, mais ce n’était pas impossible comme l’attestent les célèbres composites de Notman.) 

 

Art Canada Institute, William Notman, back of a carte-de-visite, Halifax, 1876
Verso d’une carte de visite Notman, Halifax, 1876, 6,4 x 10,3 cm, collection privée.
Art Canada Institute, William Notman, front of a carte-de-visite, Halifax, 1876
Recto d’une carte de visite Notman, Halifax, 1876, 6,4 x 10,3 cm, collection privée.

 

 

Les cartes de cabinet

Au milieu des années 1860, le marché offre plusieurs choix. Dans la presse photographique, Notman défend la nécessité de choisir une taille et un format standard afin que l’échange de négatifs entre studios puisse se poursuivre et la standardisation de l’équipement se réaliser. Il préfère la carte de cabinet, 10,8 x 16,5 cm (4¼ x 6½ po) et c’est ce format qui l’emporte, supplantant presque la carte de visite dès le début des années 1870. La carte de cabinet permet au photographe de représenter adéquatement plus de détails et de personnages dans une photographie, ce qui convient parfaitement à la démarche créatrice de Notman.

 

L’immense popularité de la photographie pour les cartes de visite et les cartes de cabinet, ainsi que la promesse d’une reproduction infinie, posent dès le départ un défi unique. Pour bien représenter tous les paysages et les portraits qu’il peut offrir d’imprimer, un entrepreneur comme Notman doit concevoir de méticuleux systèmes de catalogage et d’annonce de ses marchandises. Les personnes et les poses sont notées dans deux séries de livres. Il a été possible de les conserver presque tous, ainsi que les 200 000 négatifs aujourd’hui dans les archives Notman du Musée McCord, un témoignage sans précédent de la culture du dix-neuvième siècle, des activités photographiques et de l’entreprise de Notman en passant par les réseaux sociaux, les histoires de famille, la mode, les biographies et bien plus encore.

 

 

La photographie composite

En 1870, l’organisation d’un carnaval de patinage costumé à la patinoire Victoria de Montréal inspire à Notman sa première grande photographie composite, une technique dont il serait le créateur et qu’il popularisera. Le processus débute par une conception générale de l’image achevée, puis des portraits individuels ou de petits groupes sont réalisés, dont les épreuves sont en fin de compte découpées et collées sur un négatif composite, puis imprimées de nouveau. Notman crée Carnaval de patinage par l’agencement de plus de 300 photographies individuelles et sa réalisation confirme son sens aigu du marketing. Sa technique du composite est encore plus impressionnante quand on pense qu’il l’a perfectionnée plus d’un siècle avant le développement des logiciels modernes d’édition de photos.

 

Art Canada Institute, William Notman & Son, The Bounce, 1886
William Notman & Son, La culbute, Montreal Snowshoe Club, 1886, photographie composite, plaque sèche à la gélatine, 25 x 20 cm, Musée McCord.

 

 

D’autres innovations techniques

La créativité de Notman et son désir de multiplier les activités de son studio de photographie alimentent ses innovations techniques. La plus simple d’entre elles est celle qu’il conçoit pour mettre en scène, de manière convaincante, ses scènes d’hiver narratives : la plaque de zinc poli qu’il crée pour simuler la glace, la laine d’agneau gonflée pour les bancs de neige et la peinture sur le négatif sur plaque de verre pour imiter les effets de la neige qui tombe. Sans être directement liées au procédé photographique, ces techniques lui permettent de réaliser sa vision photographique créatrice. Elles sont suffisamment intéressantes pour ses contemporains qu’elles méritent une description dans le Philadelphia Photographer, le magazine de photographie populaire de l’époque.

 

Art Canada Institute, William Notman, Around the Campire, 1866
William Notman, Autour du feu de camp, série sur la chasse au caribou, Montréal, 1866, plaque de verre au collodion humide, 20 x 25 cm, Musée McCord.

 

Notman s’occupe aussi de la création d’une fusée éclairante au magnésium fonctionnelle qui favorise la mise en place de ses scènes de studio, mais sert aussi à divers genres de photographie. Avant l’ère de l’ampoule électrique, les photographes sont aux prises avec le problème universel d’obtenir un éclairage intérieur suffisant pour réduire le temps de pose, tout en réalisant une bonne exposition. Notman travaille avec son ami et camarade photographe montréalais, Alexander Henderson (1831-1913), à certaines solutions techniques, y compris une fusée éclairante au magnésium qui pourrait fournir un éclat lumineux derrière ou devant l’appareil photo. Le feu de camp de l’image tirée de la série sur la chasse au caribou est le résultat fructueux de leurs efforts.

 

 

Les appareils photos

Au cours de sa longue carrière, Notman réalise des photographies de différents formats et genres, dont des cartes de visite, des stéréogrammes, des cartes de cabinet et des vues de paysages. Chacune de celles-ci exige un appareil photo différent, de l’appareil à double lentille pour créer des images stéréoscopiques à la chambre à grand format, comme le modèle dernier cri que Notman achète vers 1870 de la compagnie Scovill de Waterbury, Connecticut. On trouve davantage de renseignements sur le genre d’équipement utilisé dans les studios de Notman dans l’exhaustif McKeown’s Price Guide to Antique & Classic Cameras ou dans les publications de la Photographic Historical Society of Canada.

 

Art Canada Institute, photograph of a large-format view camera, c. 1870
Cette chambre à grand format des années 1870 est fabriquée par Scovill à Waterbury, Connecticut.
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