Mme William MacKenzie dans la serre des Allan 1871

Mme William MacKenzie dans la serre des Allan 1871

William Notman, Mme William MacKenzie dans la serre des Allan, Montréal, 1871
Plaque de verre au collodion humide, 25,4 x 20,3 cm
Musée McCord

Comme Harriet Frothingham, Mme MacKenzie est une fidèle cliente de Notman. Si durant les années 1870, le photographe accepte plus souvent de faire des séances de pose à l’extérieur de son studio, il semble que ce soit une faveur qu’il réserve à ses meilleurs clients, qui sont peut-être aussi ses amis. Au cours de ses séances de pose, la jeune Mme MacKenzie (Nina, née en 1851) porte certaines des robes les plus raffinées de l’œuvre de Notman. Elle pose souvent de biais pour que sa tenue la plus récente soit bien en vue — par exemple, en prenant une position plutôt inconfortable pour montrer la tournure de sa robe à l’arrière. La présente image fait partie d’une série réalisée par Notman durant ce qui semble être une même journée à la maison de son père, Andrew Allen, un armateur et financier né en Écosse. L’exemplaire du Illustrated London News qui est incorporé dans le portrait du père, se retrouve, dans les portraits de Nina et dans des portraits distincts de ses frères, sur le plancher.

 

D’autres négatifs des archives montrent que la journée des séances de pose exige beaucoup de soin et d’effort. Il faut réaménager les plantes et le mobilier. Les modèles se déplacent et le photographe expérimente des angles. On imagine que Mme MacKenzie est heureuse du résultat. Sa robe est bien mise en valeur et l’angle est incroyablement flatteur. 

 

Art Canada Institute, William Notman, Mrs. MacKenzie in Allan’s Conservatory, 1871
William Notman, Mme MacKenzie dans la serre des Allan, Montréal, 1871, plaque de verre au collodion humide, 25 x 20 cm, Musée McCord.

Mme MacKenzie n’a pas le bonheur d’avoir des traits délicats. Sa tête est grosse et son visage, au nez assez proéminent, est long et carré. Mais, Notman en la photographiant en plongée, adoucit ses traits. Que ce soit pour détourner l’attention ou tout simplement un choix vestimentaire personnel, Mme MacKenzie a tendance à « exagérer » son style, même selon les normes victoriennes. Ici, elle porte de lourdes bagues à au moins trois de ses doigts, un collier orné de perles, des boucles d’oreille tombantes, un chapeau à plumes, ainsi qu’une immense robe de dentelle blanche qui, en fait, exclut toute possibilité qu’elle puisse marcher sans aide. Son style personnel est équilibré par l’assortiment soigneusement agencé de plantes en pot et d’accessoires dans le jardin d’hiver.

 

Comme dans la photographie de Harriet Frothingham, Notman utilise un motif décoratif — un plancher en fer dans ce cas-ci — pour rehausser l’intérêt visuel et ancrer les détails de la scène. Le point de vue plongeant et la forte présence de motifs aplatissent l’espace de l’image et rendent la photographie semblable à une peinture impressionniste. Il est difficile de savoir quelles reproductions de tableaux Notman aurait pu voir, mais avec les détails ajoutés de la femme assise dans son fauteil, un livre à la main, l’effet global fait largement penser aux tableaux de Berthe Morisot (1841-1895) de la fin des années 1860 et du début des années 1870. Ses scènes de la vie domestique et des activités limitées de la femme bourgeoise sont tout à la fois des expériences esthétiques et un commentaire sociologique.

 

Il serait fascinant de savoir dans quelle mesure Mme MacKenzie participe à la conception de cette scène. Peut-être a-t-elle apporté son coussin brodé pour l’inclure comme témoignage de son travail féminin, malgré l’apparence générale d’indolence. Le journal est-il jeté par terre à dessein ou par accident? Notman a-t-il voulu créer une équation visuelle entre la jolie sculpture blanche à droite et la dame presque tout aussi immobile? Il est tentant de lire agitation, ennui, voire désir d’émancipation dans les portraits de Mme MacKenzie. En 1876, toujours mariée à M. MacKenzie, Nina s’enfuie aux États-Unis avec un homme de son cercle social de Montréal. Elle divorce M. MacKenzie en 1877, se remarie et déménage à Winnipeg avec son nouveau mari. Le tout est suffisamment remarquable pour mériter un article dans le New York Times.

 

Cette image est une reproduction d’un négatif sur plaque de verre, dont Notman a sans doute tiré une seule portion de la photographie. Dans bien des cas où il semble avoir expérimenté de nouveaux espaces et arrière-plans, il prend intentionnellement une image plus grande qu’il pourra monter plus tard. Sans doute que les tirages ultimes de cette séance de pose ont l’air franchement moins modernes que les négatifs (comme dans le cas de Harriet Frothingham), mais il est intéressant de considérer cette veine expérimentale dans la pratique de Notman et de constater que les résultats ressemblent souvent étrangement aux mouvements artistiques des divers médiums.

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