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Collines dévastées par le feu 1915

Collines dévastées par le feu 1915

Tom Thomson, Collines dévastées par le feu (Fire-Swept Hills), 1915

Huile sur carton-bois mixte, 23,2 x 26,7 cm

Collection Thomson, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

Cette élégie mouvementée et chaotique à ce qui était autrefois une forêt mature illustre avec puissance un aspect inattendu des œuvres de Thomson exécutées au parc Algonquin : sa réaction face aux ravages provoqués par le feu. Tout comme une dizaine d’autres croquis, dont Terre brûlée (Burned Over Land), 1916, Région brûlée et rochers irréguliers (Burnt Area with Ragged Rocks), 1915, Forêt brûlée (Burnt-Over Forest), 1916, Terre brûlée au coucher du soleil (Burnt Land at Sunset), 1915, et Terre brûlée, le soir (Burnt Country, Evening), 1914, elle réfute toute idée voulant que Thomson ne se soit attardé à peindre que de belles scènes exaltantes et empreintes d’un calme idyllique.

 

Pendant que la peinture s’écoule d’un point élevé entre deux collines à l’horizon, les troncs calcinés des arbres qui tiennent à peine, tels des squelettes inertes, rappellent constamment le feu et la destruction. Dans la moitié inférieure de la composition, la matière picturale se déverse sur les rochers et autres troncs et branches brûlés telle une cascade vertigineuse. Des rouges sang, des bleus, des gris cendrés et des blancs s’entrechoquent violemment pour compléter cette expression de confusion et de désordre.

 

Art Canada Institute, Tom Thomson, Terre brûlée, 1916
Tom Thomson, Terre brûlée, 1916, huile sur bois, 21 x 26,7 cm, Collection McMichael d’art canadien, Kleinburg (Ontario). On peut dire que la préoccupation de Thomson au sujet de la guerre en Europe est manifeste dans plusieurs de ses tableaux représentant la destruction et le chaos causés par les incendies de forêt, les inondations et les tempêtes.
Art Canada Institute, A. Y. Jackson, Un bosquet, le soir, 1918
A. Y. Jackson, Un bosquet, le soir, 1918, huile sur toile, 86,9 x 112,2 cm, Musée canadien de la guerre, Ottawa.

À l’époque où Thomson peint ces scènes, il est obsédé par le conflit qui fait rage en Europe. Il essaie de s’engager dans l’armée, mais sera rejeté. Entretemps, son ami A. Y. Jackson (1882-1974) se porte volontaire en Europe, où il peint également le champ de bataille; Lawren Harris (1885-1970) et Fred Varley (1881-1969) vont suivre. J. E. H. MacDonald (1873-1932) conçoit des affiches de guerre et d’autres documents patriotiques, et Arthur Lismer (1885-1969), après s’être installé à Halifax, documente les convois de navires camouflés qui amènent de nouvelles troupes au combat en Europe.

 

À mesure que Thomson discute et se dispute à propos de la guerre avec des résidents du parc Algonquin, dont certains sont considérés comme des sympathisants de l’Allemagne, cette préoccupation face au conflit qui fait rage en Europe dirige son esprit, souvent mélancolique, vers la représentation de scènes de destruction, de chaos et de mort; comme s’il sentait dans les zones détruites du parc Algonquin ce qui se passe en France et en Belgique. Thomson pourrait être lui-même au front, compte tenu de l’hostilité et de la cruauté exacerbées qu’il dépeint dans cette scène. Au total, 66 000 jeunes Canadiens mourront à la guerre : tout le monde au pays a perdu un parent ou un ami ou connaît quelqu’un à qui c’est arrivé. Thomson est très sensible à ce sentiment, et il le peint de manière saisissante dans cette œuvre élégiaque et émouvante.

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