Sous le vent de l’île ou 1.47 1947

Sous le vent de l’île ou 1.47 1947

Paul-Émile Borduas, Sous le vent de l’île ou 1.47, 1947

Huile sur toile, 114,7 x 147,7 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Longtemps, la date attribuée à ce tableau est 1948, l’année de la publication du manifeste Refus global. C’est Bernard Teyssèdre, alors professeur invité au département d’histoire de l’art de l’Université de Montréal, qui le date correctement de 1947. Il avait remarqué le tableau sur une photo du groupe prise à l’occasion de la deuxième exposition des Automatistes qui avait eu lieu au 75, rue Sherbrooke Ouest, du 15 février au 1er mars 1947.

 

Art Canada Institute, Bourduas seated beneath his iconic painting Leeward of the Island, surrounded by members of the Automatistes
Borduas assis sous sa toile iconique, entouré d’amis. De gauche à droite : Claude Gauvreau, Madame Gauvreau-Saint-Mars, Pierre Gauvreau, Marcel Barbeau, Madeleine Arbour, Borduas, Mimi Lalonde, Bruno Cormier et Jean-Paul Mousseau

Cette photo, où l’on voit Borduas assis sous son tableau entouré de plusieurs de ses jeunes amis, signale l’importance du tableau aux yeux du groupe. Sous le vent de l’île représente une île, vue en surplomb, dont les rives apparaissent sur la droite. Au-dessus, comme suspendus entre ciel et terre, paraissent de petits éléments verts, rouges, noirs et blancs. La structure de paysage des tableaux automatistes à l’huile trouve ici une nouvelle confirmation. Son premier titre est Automatisme 1.47; c’est Bernard Teyssèdre qui l’identifiera à Sous le vent del’île .

 

Tancrède Marsil, alors étudiant à l’École des beaux-arts, publie un article intitulé « Les Automatistes : École de Borduas » dans Le Quartier latin, où il parle de Sous le vent de l’île comme d’un tableau automatiste. C’est la première fois que l’on se réfère au groupe comme étant les Automatistes. Sous le vent de l’île peut être considéré comme leur tableau fétiche et il fait connaître Borduas au Canada et ailleurs. Il est beaucoup exposé au Canada (à Toronto en 1960; à Winnipeg en 1977), aux États-Unis (à New York en 1957) et en Europe (à Bruxelles en 1958; à Paris en 1971).

 

L’expression 1.47 dans le titre fait probablement référence à la date de sa production, soit janvier 1947, ou au moins à un numéro d’ordre, premier tableau peint en 1947. C’est à partir de 1945 que Borduas prend l’habitude de donner un double titre à ses tableaux. On lit, par exemple, dans Le livre de comptes : « 131 – Toile vendue à M. Maurice Chartré – 8.47, Les carquois fleuris, 1947 ». Le premier chiffre (131) correspond à un ancien système qui consistait simplement à énumérer le nombre de tableaux produits à cette date; le second (8.47) pourrait donc être une date et pourrait se lire « tableau peint en août 1947 ». Dans le cas de Parachutes végétaux ou 19.47, 1947, il faut sans doute comprendre « 19e tableau peint en 1947 ».

 

Il est très caractéristique des tableaux automatistes de Borduas de détacher des objets plus ou moins flottants — ou suspendus, comme dans Sous le vent de l’île — dans l’espace, devant un fond qui se développe en extension (comme c’est le cas ici) ou en profondeur. Pour marquer plus fortement le contraste, le fond est peint au pinceau et les objets, à la spatule.

 

On note que, même lorsque Borduas évoque des formes biomorphiques, comme c’est le cas de ce tableau, l’emploi du couteau à peindre lui fait éviter les formes molles typiques du peintre surréaliste Salvador Dali (1904-1989). Borduas a toujours tenu à garder ses distances avec ce qu’il appelle le « surréalisme onirique ». L’emploi de la spatule va en augmentant chez Borduas et donne un tour « minéral » à ses images évoquant d’ailleurs explicitement des falaises, le flanc de montagne à Saint-Hilaire, les rochers, la banquise ou les glaciers, comme en témoignent les titres de nombreux tableaux.

 

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