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L’enfer de Satan 1991

L’enfer de Satan 1991

Satan’s Pit (L’enfer de Satan), 1991
Acier coloré, boulons et peinture acrylique sur contreplaqué toupillé, 229 x 244 cm
Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

L’enfer de Satan est l’un des contreplaqués les plus vigoureusement toupillés de Paterson Ewen. Presque entièrement dépourvu de peinture et pas toupillé en tant que tel mais pratiquement décapé, le contreplaqué présente une surface enchevêtrée et déchirée au centre. Les cercles concentriques font écho aux corps célestes qu’Ewen peint depuis 1971, mais ici, ils émanent d’un noyau sombre plutôt que d’un centre lumineux plus habituel. Les comparaisons avec la fameuse description de l’enfer de Dante, avec ses différents niveaux circulaires, sont inévitables. Il est également tentant de voir le trou noir littéralement comme une allusion attrayante au phénomène astronomique de la science et de la culture populaires. Dans les années 1980, les trous noirs suscitaient de plus en plus d’attention, et si Ewen a tendance à éviter les sources contemporaines dans ses œuvres précédentes, en 1990, il semble être attiré par certaines des nouvelles découvertes en astronomie. Peut-être Ewen anticipait-il sa propre finalité ou faisait-il allusion aux nombreux moments sombres de son passé.

 

Sun Dogs #4 (Les faux soleils #4), 1989, par Paterson Ewen
Paterson Ewen, Sun Dogs #4 (Les faux soleils #4), 1989, acrylique sur contreplaqué toupillé, 122 x 145,7 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto. Cette œuvre doit beaucoup aux tableaux de soleil réalisés par le peintre norvégien Edvard Munch entre 1909 et 1916.
Dragons chinois dans la Voie Lactée, 1997, par Paterson Ewen
Paterson Ewen, Chinese Dragons in the Milky Way (Dragons chinois dans la Voie Lactée), 1997, médias mixtes sur contreplaqué, 243,8 x 350,5 cm, collection privée. Au cours des dernières années, Ewen a revisité le symbolisme de L’enfer de Satan, 1991. Au lieu du ciel et de l’enfer, il représente l’ancienne croyance chinoise selon laquelle le royaume terrestre est cartographié sur le ciel, le fleuve Yangtsé, par exemple, correspondant à la Voie lactée.

L’enfer de Satan fait partie d’une série d’œuvres qui est le fruit du hasard, un élément avec lequel Ewen a toujours su composer de manière productive.  En 1991, alors qu’il sculpte Planet Cooling (Refroidissement de la planète), il creuse accidentellement trop en profondeur avec sa toupie et fait un trou dans le contreplaqué. Plutôt que de recommencer, il décide tout simplement d’intégrer thématiquement cette nouvelle caractéristique. Il est intéressant de comparer la manipulation rigoureuse du contreplaqué dans L’enfer de Satan à des œuvres telles que Chinese Dragons in the Milky Way (Dragons chinois dans la Voie lactée) ou Eclipsing of the Moon with Halo (Éclipse de lune avec halo), toutes deux réalisées en 1997, et qui montrent peu ou pas du tout de toupillage. De toute évidence, le sujet joue un rôle important dans la matérialité de ces œuvres.

 

La similitude dans les formes de Sun Dogs #4 (Les faux soleils #4), 1989, et de L’enfer de Satan évoque la possibilité qu’elles soient des œuvres complémentaires : la lumière et l’absence de lumière; le divin comme lumière et le satanique comme obscurité. Là où Les faux soleils #4 est rempli de couleur, l’absence de couleur de L’enfer de Satan suggère que sans lumière, il n’y a pas de couleur — la Némésis du peintre.

 

Dans l’exposition de 1996 au Musée des beaux-arts de l’Ontario à Toronto, le conservateur Matthew Teitelbaum a présenté L’enfer de Satan déposé horizontalement sur des chevalets de sciage. Un vidéo accompagnant l’œuvre d’art montrait Ewen en haut d’une autre œuvre, en train de travailler sa surface avec une toupie. La juxtaposition de la surface toupillée mais non peinte de L’enfer de Satan et du film montrant la technique de toupillage physique intense d’Ewen a été une décision ingénieuse de la part du conservateur. Et c’est après avoir vu cette installation à l’exposition, que l’artiste de techniques mixtes Yechel Gagnon (née en 1973) a eu l’idée de commencer à travailler le contreplaqué comme support. C’est là l’ultime hommage rendu au processus artistique unique d’Ewen.

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