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Petroushka 1937

Paraskeva Clark, Petroushka, 1937

Paraskeva Clark, Petroushka, 1937

Huile sur toile, 122,4 x 81,9 cm

Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Art Canada Institute, Paraskeva Clark, Study for Petroushka, 1937
Paraskeva Clark, Study for Petroushka (Étude pour « Petroushka »), 1937, aquarelle sur papier cartonné beige, 32,2 x 20,6 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Il est possible que Clark se soit inspirée de l’affiche de Feodor Rabitchev (reproduite à droite) au moment d’exécuter cette étude. 
Art Canada Institute, Feodor Rabitchev, Les peuples opprimés des colonies sous le drapeau de la révolution prolétarienne se lèvent pour la lutte contre l’impérialisme, 1932
Feodor Rabitchev, Les peuples opprimés des colonies sous le drapeau de la révolution prolétarienne se lèvent pour la lutte contre l’impérialisme, 1932, affiche lithographiée, 96 x 139 cm, collection particulière. La composition fragmentaire et pyramidale et les bâtiments obliques de l’affiche ont pu inspirer l’Étude pour « Petroushka » de Clark.

Petroushka, que Clark considère comme son tableau le plus important, est un premier essai de composition de grandes dimensions à plusieurs personnages, avec contenu politique. La toile illustre l’orientation qu’elle souhaite dès lors donner à son travail.

 

Petroushka est un commentaire social bien senti, qui cache sa source. La toile superpose les souvenirs d’enfance des théâtres de marionnettes qui animaient les rues de Saint-Pétersbourg et la réaction de l’artiste à une violente échauffourée entre la police et les travailleurs de l’acier, à Chicago, qui se solde par la mort de cinq ouvriers. À l’arrière de la toile, Clark colle l’article qui l’a inspirée, intitulé « Five Steel Strikers Killed in Clash with Chicago Police » (cinq grévistes de l’acier tués au cours d’un affrontement avec la police de Chicago) et publié dans le Toronto Daily Star du 1er juin 1937. Elle transpose l’histoire de Petroushka (équivalent russe de Punch ou de Polichinelle) pour décrire le sort de l’ouvrier assujetti aux intérêts du capitalisme (le banquier dans l’histoire d’origine) et harcelé par ses sbires (le policier). Le spectateur voit en plongée la scène qui se déroule dans une cour pavée entre deux immeubles d’habitation. La foule réagit au spectacle en sifflant et en brandissant le poing, geste qui rappelle le symbole antifasciste d’unité, de force et de résistance et qui figure ici l’appui de Clark à la cause des ouvriers. Deux esquisses préparatoires, y compris Study for Petroushka (Étude pour « Petroushka »), 1937, illustrent l’évolution du tableau.

 

Les sources visuelles de Petroushka débordent le souvenir des théâtres de marionnettes. Clark se met en scène à l’extrême gauche; elle porte un enfant dans ses bras (peut-être son fils Ben). Sa silhouette se détache sur un bâtiment, possible référence au tableau 1918 à Petrograd, 1920, de Kouzma Petrov-Vodkine (1878-1939), son professeur à l’époque où il le peint. Il est probable qu’elle ait pensé aussi aux affiches politiques reproduites dans Iskusstvo (1933, no 4), l’un des magazines d’art russes qu’elle acquiert à l’automne : Vladimir Ilyich Lenin (1870-1924) s’adressant à l’Armée rouge des travailleurs le 5 mai 1920, 1933, d’Isaak Brodsky (1883-1939) et Les peuples opprimés des colonies sous le drapeau de la révolution prolétarienne se lèvent pour la lutte contre l’impérialisme, 1932, de Feodor Rabitchev (1894-1961), où l’on voit des gens renverser des immeubles au cours d’une marche contre le capitalisme.

 

Clark attend beaucoup de Petroushka. Elle le présente d’abord à l’exposition du Groupe des peintres canadiens (Canadian Group of Painters) en 1937, en compagnie de Champ de blé, 1936, et de Bathing the Horse (Le bain du cheval), 1937, qui forment une troïka d’œuvres d’inspiration russe. La toile reste en sa possession jusqu’à son achat par la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada) en 1976.

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