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Rue d’Oslo 1961

Rue d’Oslo 1961

Molly Lamb Bobak, Oslo Street (Rue d’Oslo), 1961 
Pastel sur papier, 47,3 x 62,4 cm 
Art Gallery of Greater Victoria 

Rue d’Oslo, l’un des premiers tableaux de foule de Molly Lamb, est peut-être la composition la plus aboutie datant de son séjour en Norvège. Le tableau illustre le mouvement des piétons dans une rue d’Oslo par une journée maussade, avec en fond une rangée ininterrompue d’immeubles anciens. Presque monochrome, le tableau tire ses seules couleurs des manteaux de quelques passants et de rares touches vives aux fenêtres surmontant les commerces.

 

Lamb Bobak se met à dessiner et à peindre des groupes après son enrôlement dans le Service féminin de l’Armée canadienne (CWAC) en 1942 mais, comme elle l’expliquera plus tard, son inclination pour les foules remonte à l’enfance : « Je pense que c’est un intérêt que j’ai depuis gamine. En fait, j’aime les rassemblements, les mélanges […] et voir les foules […] On croirait des fourmis qui grouillent, il y a cette espèce d’insignifiance mais aussi la beauté des gens qui se réunissent. » Sa mère, Mary Williams, aimait recevoir des invités en grand nombre, souvent lorsque son compagnon, Harold Mortimer-Lamb (1872–1970), était en déplacement. Il est fort possible que son influence soit à l’œuvre dans la passion que Lamb Bobak entretient à l’égard des foules.

 

De 1957 à 1961, Bruno et Molly Lamb Bobak passent l’essentiel de leur temps à travailler en Europe, surtout en Norvège et en Grande-Bretagne, grâce à une série de bourses de perfectionnement du Conseil des arts du Canada. Cette expérience de vie à l’étranger s’avère décisive pour l’évolution artistique de Lamb Bobak : elle se lance dans de grandes compositions panoramiques de la vie urbaine, en particulier des scènes de foule pleines d’énergie et de mouvement. Après la naissance de son deuxième enfant, Anny, l’artiste trouve plus facile de concentrer ses efforts sur les vues de villes et leurs habitants, en donnant aux détails une importance secondaire par rapport à l’impression d’effervescence de la vie urbaine.

 

Molly Lamb Bobak, La foire, s.d.
Molly Lamb Bobak, The Fair (La foire), s.d., huile sur carton entoilé, 30,5 x 40,6 cm, collection privée.
Molly Lamb Bobak, Arrivée, Hôtel de ville, 1976
Molly Lamb Bobak, Arrival, City Hall (Arrivée, Hôtel de ville), 1976, huile sur toile, 121,9 x 101,6 cm, collection privée.

Au cours des décennies suivantes, ces scènes de foule compteront parmi les œuvres les plus appréciées de Lamb Bobak; inévitablement, elles seront à l’image de la région où vit l’artiste. Celle-ci les dépeint soit à son niveau, en perspective frontale, soit au moyen d’une perspective plongeante, comme dans The Fair (La foire), s.d. Arrival, City Hall (Arrivée, Hôtel de ville), 1976, s’apparente sur le plan de la composition à Rue d’Oslo : Lamb Bobak montre les gens venus célébrer la fête du Canada devant un bâtiment centenaire, dans la perspective d’un spectateur se trouvant parmi eux.

 
Elle explique sa méthode de travail pour Rue d’Oslo dans une lettre à l’acquéreur, George Kidd, ambassadeur du Canada à Cuba :   

 

J’ai dessiné la scène assise à l’arrière de notre voiture, que j’avais garée là exprès. Il n’est pas facile de dessiner dans les rues de Norvège car les gens sont vraiment gentils et curieux — j’ai donc pris l’habitude de m’installer dans la voiture chaque fois que c’était possible […] Oslo m’a paru comme un décor de scène pour une pièce d’Ibsen — quoique les Norvégiens d’aujourd’hui ne ressemblent guère aux personnages d’Ibsen


Rue d’Oslo figure parmi les œuvres exposées à la quatrième Biennale de la peinture canadienne, tenue en 1961 à la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada).  

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