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La maison du docteur Snyder 1931

La maison du docteur Snyder 1931

Lionel LeMoine FitzGerald, Doc Snyder’s House (La maison du docteur Snyder), 1931
Huile sur toile, 74,9 x 85,1 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Art Canada Institute, Charles Demuth, From the Garden of the Chateau, 1921 (reworked 1925)
Charles Demuth, From the Garden of the Chateau (Depuis le jardin du château), 1921 (retravaillé en 1925), huile sur toile, 63,5 x 50,8 cm, Fine Art Museums of San Francisco.

À l’aube de ses quarante ans, FitzGerald atteint un niveau d’excellence artistique qui donne lieu, au cours de la première moitié des années 1930, à une série de peintures à l’huile impeccables. Cette période, qui commence avec la complétion de Williamson’s Garage (Le garage de Williamson), en 1927, reflète les leçons qu’il a tirées des précisionnistes américains quelques années auparavant. FitzGerald a sans doute vu From the Garden of the Chateau (Depuis le jardin du château), 1921 (retravaillé en 1925), de Charles Demuth (1883-1935), à l’exposition de la Galerie Wanamaker en mars 1922 à New York, et a observé comment Demuth recadre et réduit son sujet aux éléments essentiels de sa structure, une géométrie élémentaire de formes et d’ombres. Mais FitzGerald est sur le point d’aller au-delà de cette première influence artistique pour atteindre de nouveaux sommets avec une peinture hautement originale, complétée en un an et demi et reconnue par beaucoup comme le chef-d’œuvre de sa carrière.

 

Regardant une fois de plus dans sa cour à la recherche d’un sujet, FitzGerald, selon toute vraisemblance, commence La maison du docteur Snyder en décembre 1929 et l’achève autour du 13 juin 1931. Avec cette peinture, l’artiste immortalise la résidence du Dr Victor Snyder, un dentiste de Winnipeg qui habitait le 152 rue Lyle, à quelques portes de la maison de FitzGerald au 160 de la même rue. La maison du docteur Snyder est un excellent exemple de l’intensité extraordinaire qu’apporte FitzGerald à son processus de travail. « Je suis très exigeant envers moi-même, que ce soit pour un dessin ou une peinture, je ne suis satisfait que lorsque je ressens que j’ai atteint le meilleur de ce que je peux produire à ce moment, de sorte que je travaille très lentement et que je passe beaucoup de temps sur chaque œuvre. La maison du docteur Snyder représente deux hivers de travail, y compris deux semaines complètes à chaque vacances de Noël, ainsi que toutes les fins de semaine. Je ne peux aller à la maison le samedi et avoir complété une toile le lundi matin, comme cela semble être possible pour tant d’autres. »

 

Art Canada Institute, Lionel LeMoine FitzGerald, Sketch for “Doc Snyder’s House” No. 1, 1928
Lionel LeMoine FitzGerald, Sketch for “Doc Snyder’s House” No. 2 (Esquisse pour « La maison du docteur Snyder » no 2), v. 1928, graphite sur papier vélin, 24 x 28,3 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

FitzGerald note les idées initiales concernant ce tableau dans deux petits croquis préliminaires. Sketch for “Doc Snyder’s House” No. 1 (Esquisse pour « La maison du docteur Snyder » no 1), v. 1928, assoit les principaux éléments de la composition — la grande maison par rapport au rythme des arbres au premier plan. Sketch for “Doc Snyder’s House” No. 2 (Esquisse pour « La maison du docteur Snyder » no 2), 1928, trace le volume des maisons, les abaissant dans l’image derrière l’écran des arbres. FitzGerald fait ensuite un dessin détaillé sur la toile. C’est en plein hiver que FitzGerald commence à travailler sa peinture à l’extérieur et la température tombe souvent bien au-dessous de zéro. Son ami, le critique d’art Robert Ayre, remarque : « La seule concession que FitzGerald a fait au froid était de travailler dans une coquille, une petite cabane avec un poêle qu’il tirait dans sa cour sur des patins. » 

 

FitzGerald crée une composition équilibrée à partir de formes organiques et géométriques faisant que l’œil se déplace dans un mouvement circulaire. La gamme de teintes se limite au bleu et au brun, et aucun trait de pinceau n’est visible. Pourtant, les couleurs sont lumineuses et la lumière, éblouissante. Usant d’une palette et d’un travail au pinceau délibérément restreints, FitzGerald transforme une maison ordinaire en quelque chose de vivant et de majestueux. De même, le rythme des arbres évoque leur vie et leur croissance même en hiver. Transcendant la vérisimilitude de la photographie  FitzGerald n’est jamais venu aussi près, avec La maison du docteur Snyder, de faire d’une « image une chose vivante, une grande idée composée de nombreux détails, tous subordonnés à l’ensemble. » 

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