Voûte 1993

Tim Whiten, Vault (Voûte), 1993
Bois et miroir, 198,1 x 243,8 x 182,9 cm
Art Windsor-Essex
Depuis 1990, Whiten utilise des miroirs dans ses œuvres en techniques mixtes pour explorer la nature de la perception humaine, comme en témoignent Draw (Tirage), 1993, Victor (Vainqueur), 1993, et Voûte, la plus grande de ses œuvres en miroirs. Composée d’un immense dôme fait de miroirs, Voûte est destinée à être suspendue au plafond à la hauteur des épaules, ressemblant ainsi à un énorme lustre. Ses surfaces extérieures inclinées reflètent les murs et les plafonds de l’espace environnant. De même, la surface intérieure est garnie de plans miroirs à multiples facettes. En nous plaçant à l’intérieur, nous prenons profondément conscience des limites de nos sens physiques ordinaires. Les sons familiers sont étouffés, tronqués, transformés. Nous nous attendons à voir notre propre reflet, mais notre image est insaisissable, partiellement éclipsée; seuls des fragments sont restitués.


Voûte peut être comparée avec Mirrored Room (Salle des miroirs), 1966, de Lucas Samaras (1936-2024), une œuvre formée d’un cube de la taille d’une pièce contenant une table et une chaise en miroir qui fait partie de la collection de la Albright-Knox Art Gallery (aujourd’hui le Buffalo AKG Art Museum). Sur le cartel de l’œuvre, dans l’exposition, on peut lire : « L’idée de Salle des miroirs est venue à Samaras dès 1963, alors qu’il écrivait une nouvelle intitulée “Killman”. Son personnage principal vivait dans une maison à miroirs entourée de reflets et de répétitions de lui-même à l’infini. » Dans Salle des miroirs, Samaras crée un espace dans lequel les seules images sont « dessinées » par les reflets du public.
De même, avec Voûte, Whiten souhaite créer pour le public une expérience immersive qui s’apparente à une expérience transcendantale. Atteindre la transcendance spirituelle suggère que l’on a dépassé les limites ordinaires de la réalité physique telle qu’elle est perçue par les sens. Comme avec Vainqueur, nous sommes incapables de discerner notre propre reflet dans les surfaces miroitantes de Voûte. Contrairement à Vainqueur cependant, notre participation à cette œuvre nous fait franchir le seuil du fini vers le domaine des réflexions infinies.
Voûte, le dôme « cosmique » de Whiten, fait référence aux cieux tels qu’ils sont représentés dans l’architecture sacrée, en particulier le dôme ou la voûte céleste dans l’islam, et le stūpa ou les tumulus sacrés en forme de dôme dans le bouddhisme, qui abritent les reliques de Bouddha. Symbole de perfection et d’éternité, le dôme marque le lieu de rencontre du ciel et de la terre, et l’entrée dans la vie éternelle. À l’instar du parapluie cosmique ou des branches de l’arbre cosmique, la voûte céleste offre un abri, de la chaleur et une protection. Elle devient également un portail vers une autre dimension, où le sens individuel fusionne avec l’universel, soulignant l’interconnexion de toutes les choses.