Roy de La grande Nation des Nadouessiouek s. d.

Roy de La grande Nation des Nadouessiouek s. d.

Louis Nicolas, Roy de La grande Nation des Nadouessiouek, s. d.

Encre sur papier, 33,7 x 21,6 cm

Codex canadensis, page 8

Gilcrease Museum, Tulsa, Oklahoma

Comme la légende l’indique, ce dessin représente le « Roy de La grande Nation des Nadouessiouek (les Sioux), ...armé de sa Massue de guerre qu’on nomme pakamagan. Il Regne dans un grand Pais, au dela de la mer vermeille (le Golfe du Mexique) ». C’est un exemple des nombreuses images créées par Nicolas pour représenter les divers groupes qu’il rencontra au cours de ses nombreux voyages à titre de missionnaire en Nouvelle-France.

 

Art Canada Institute, Louis Nicolas, An engraving found in François Du Creux’s The History of Canada, or of New France (Historiae Canadensis seu Novae Franciae Libri Decem)
Gravure dans François Du Creux, Historiae canadensis seu Novae Franciae Libri Decem, 1664, p. 70-71.

Ces dessins ne sont pas des portraits au sens habituel du mot – soit la représentation aussi exacte que possible d’un individu en particulier – ils constituent plutôt des « types ». Ils ont de l’intérêt, pourtant, parce qu’ils nous donnent une rare idée des tatouages, costumes, coiffures et instruments (pour la pêche et la chasse, armes, pipes, sacs à tabac) utilisés par les Autochtones vers la fin du dix-septième siècle. Les archéologues ont bien retrouvé, par exemple, les fourneaux en céramique des pipes, mais jamais leurs tuyaux en roseau, tels que représentés par Nicolas.

 

Cette image du « Roy » des Sioux est d’une grande ressemblance avec celle d’un guerrier autochtone que l’on trouve dans les Historiae Canadensis seu Novae Franciae Libri Decem (dix livres d’histoire du Canada ou de Nouvelle-France), 1664, du père François Du Creux (1596-1666). Louis Nicolas s’est souvent servi pour ses propres dessins des contours d’un personnage ou d’un animal gravés dans une source déjà publiée, comme c’est nettement le cas, à en juger par la posture et les proportions, de cinq de ses dessins qui sont inspirés de gravures présentes dans Du Creux. Chaque fois, cependant, il a modifié des détails pour tenir compte de ses propres observations – il affirme fièrement qu’il a vu tout ce qu’il représente. Dans cette œuvre, les cheveux relevés, le bâton dans la main droite, la position du bras gauche, le soleil et la lune peints sur la poitrine sont semblables à ce qu’on trouve dans l’image de Du Creux, mais Nicolas donne à son roi une remarquable pipe crachant la fumée et le feu. Il était, en effet, fréquent chez les écrivains et illustrateurs en histoire naturelle, de copier ou de tirer leur inspiration de textes ou de gravures déjà publiées – sans d’ailleurs confesser leur emprunt.

 

Nicolas a dû rencontrer des Sioux quand il était à Chagouamigon, à la pointe sud-ouest du lac Supérieur, en 1667-1668. Les Sioux étaient les ennemis des Outaouais, qui, au dire du père Claude Dablon, étaient bien établis à Chagouamigon. Malgré cette hostilité, les Sioux venaient « en petits nombres » à Chagouamigon pour y faire du commerce et de la pêche. Louis Nicolas, désireux de rapporter autant de ses observations et expériences que possible, profita de sa présence parmi eux dans ces centres d’échanges commerciaux, ici et ailleurs.

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