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Chat noir 1996

Chat noir 1996

Alex Colville, Black Cat (Chat noir), 1996
Sérigraphie sur papier, édition de 70, 36 x 36 cm

Galerie d’art Owens, Université Mount Allison

Processus appris par lui-même et qu’il pratique seul, jamais avec des imprimeurs, la sérigraphie occupe une place importante dans l’œuvre de Colville. Les estampes permettent de rejoindre un public plus large et présentent un ensemble de défis physiques et intellectuels différents de la peinture, et exigeants à leur manière. «  Je crois qu’il y a toujours une tendance à ce que l’estampe soit destinée à un plus large public », observe-t-il.

 

Art Canada Institute, Alex Colville, Target Pistol and Man, 1980
Alex Colville, Target Pistol and Man (Pistolet de tir et homme), 1980, émulsion de polymère à l’acrylique sur panneau dur, 60 x 60 cm, collection privée.
Art Canada Institute, Alex Colville, Dog in Car, 1999
Alex Colville, Dog in Car (Chien dans voiture), 1999, émulsion de polymère à l’acrylique sur panneau dur 36 x 62,4 cm, Musée des beaux-arts de la Nouvelle-Écosse, Halifax.

 

Chat noir, une estampe relativement tardive, se distingue par son intégration de plusieurs thèmes chers à Colville : le rôle de l’artiste, la dichotomie entre les mondes humain et animal, et la précarité de l’ordre face au temps et au chaos. L’œuvre reprend, dans sa composition, Target Pistol and Man (Pistolet de tir et homme), 1980, qui place l’artiste dans un cadre presque identique. Peut-être plus que toute autre œuvre, Chat noir aborde l’usage que fait Colville de la géométrie pour créer l’ordre et évoque la fragilité intrinsèque de cette construction.

 

En tant qu’artiste dont l’imagerie s’inspire de son environnement immédiat, et particulièrement de sa vie familiale, il n’est pas étonnant que Colville exploite aussi le genre de l’autoportrait. Toutefois, Colville, tout comme sa femme, Rhoda, ou sa fille, Ann, semble le plus souvent être un personnage anonyme plutôt qu’une représentation précise de lui-même. Ainsi, dans Ship and Observer (Navire et observateur), 2007, ou Kiss with Honda (Baiser et Honda), 1989, par exemple, les figures masculines s’inspirent de Colville, sans qu’elles ne constituent une auto-observation ou un auto-examen. Par contraste, cependant, Chat noir représente un autoportrait de forme plus traditionnelle.

 

Dans cette œuvre, l’artiste regarde directement le spectateur, la moitié inférieure de son visage cachée par un chat qui joue avec une règle triangulaire devant lui sur une table. Les animaux, dans les peintures et les estampes de Colville, servent de faire-valoir aux êtres humains, comme on peut le voir dans une sérigraphie antérieure, Cat and Artist (Chat et artiste), 1979, et dans des peintures telles que Dog in Car (Chien dans voiture), 1999, ou Headstand (Le poirier), 1982, pour ne mentionner que ces exemples. Ils ne cherchent pas à trouver un sens ou des réponses. Comme le remarque Tom Smart, pour Colville, « le chat est l’emblème de l’ignorance. » La règle est peut-être le point central de la composition, mais pour le chat noir, sa fonction n’a pas d’importance — c’est un objet pour jouer. La totale altérité du chat déstabilise la structure géométrique sous-jacente assurant la cohésion de cette image de Colville et de toutes les autres — l’ordre est tout simplement non pertinent dans l’univers du chat. Pour l’artiste, cependant, cette géométrie que symbolise la règle est un outil pour créer l’ordre à partir du chaos, faire surgir la certitude là où règne le mystère, et transformer l’ignorance en connaissance.

 

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