Morada 1977

Tim Whiten, Morada, 1977
Installation et performance rituelle in situ, matériaux variés (poutres en chêne et en érable, 22 crânes humains, cèdre, roses, aiguilles de pin, copal, porte en acier), 2 438 cm de long; chambre souterraine de 213 x 213 x 213 cm
Artpark, Lewiston, New York
Les premières explorations de Whiten dans le domaine de la performance et de l’installation artistique reflètent un mouvement plus vaste des années 1960 et 1970 au sein duquel les artistes produisaient des œuvres impliquant des gestes corporels et des environnements immersifs qui contextualisaient l’art dans la vie quotidienne. En 1977, Whiten crée Morada, l’une de ses premières installations, pour Artpark. Ce parc public de près de quarante-quatre hectares à Lewiston, dans l’État de New York, a été établi en 1974 en tant que forum expérimental pour des projets temporaires en plein air portant sur des questions environnementales et conceptuelles. Parmi les artistes ayant contribué à ce lieu, citons Nancy Holt (1938-2014), Gordon Matta-Clark (1943-1978), Alan Sonfist (né en 1946), Alice Aycock (née en 1946), Bill Vazan (né en 1933), Jody Pinto (née en 1942) et Dennis Oppenheim (1938-2011).

Whiten conçoit et nomme son installation primitive en pierre et en terre d’après les habitations en adobe du Nouveau-Mexique utilisées par une secte de pénitent·es catholiques au début du dix-neuvième siècle. Il s’inspire de ces sites sacrés pour recomposer l’environnement physique. Morada est conçue comme une série de trois stations rituelles, ou étapes expérientielles, à travers lesquelles le public se déplace. La première étape consiste en un foyer entouré d’un cercle de rochers, évoquant le feu en tant que symbole de sacrifice et de transformation. La deuxième étape est un sentier, un canal de cinq mètres menant à un monticule de terre, puis la troisième étape prend la forme d’une pièce souterraine surmontée d’un tétraèdre.
Entassés entre la boue, la paille et la pierre, vingt-deux crânes humains sont disposés dans les murs de terre de cette chambre souterraine. L’intérieur est encadré de poutres en bois peintes en blanc comme les crânes. Une guirlande de cèdre, souvent utilisée pour son rapport à la purification, et douze roses rouges, associées à la passion spirituelle, sont suspendues depuis le plafond, où les signes astrologiques du Capricorne et du Cancer, représentant respectivement l’ascension et la descente, sont marqués au fer rouge. Le sol est recouvert d’aiguilles de pin, censées favoriser la guérison. Un poisson desséché repose au centre, suggérant la renaissance. De l’encens copal est brûlé dans une urne en céramique. L’entrée de la structure est orientée vers l’est, remplissant la petite pièce de lumière le matin, tandis que des ombres se dessinent sur les murs à mesure que la journée avance.
Lors d’une performance rituelle organisée le 13 août, jour de l’anniversaire de Whiten, le public participe à une procession dans Artpark. Dans un geste de gratitude et de solidarité, l’artiste leur offre du maïs grillé sur le feu pour nourrir l’âme, symbole de la récolte, de la mort et du renouveau. À la fin de la performance, le public descend dans la pièce à la lumière des bougies.
Chaque matin, pendant cette résidence d’été, Whiten reçoit la visite de descendant·es du peuple Wendat (Huron), travaillant sur un projet de construction d’un « village autochtone » à proximité. Autour d’un café, ils et elles ont discuté des concepts ayant inspiré Morada, soit l’importance d’honorer les personnes aînées et la présence perpétuelle de nos ancêtres, qui continuent à vivre dans notre ADN, nos rituels et nos pratiques sociales : par notre existence, nous participons à leur immortalité. Whiten se souvient qu’un matin, alors que son travail était interrompu, ces personnes sont arrivées avec une équipe et le matériel nécessaire pour l’aider à terminer ses tâches, car elles avaient compris l’importance du projet.