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Réfrigérateur 1977

Réfrigérateur 1977

Alex Colville, Refrigerator (Réfrigérateur), 1977
Émulsion de polymère à l’acrylique sur panneau dur, 120 x 74 cm
Collection privée

Dans les années 1970, le tableau le plus controversé de Colville, Réfrigérateur, choque par sa représentation candide d’un couple d’âge mûr, nu. Comme le remarque l’historien de l’art Mark Cheetham : « Pour certains spectateurs, cette “familiarité” est allée trop loin, et Colville a ici été critiqué pour la nudité (apparemment, ils sont davantage préoccupés par la nudité masculine que féminine, une tradition ancienne dans l’art). » Encore aujourd’hui, la nudité frontale intégrale de l’image est éliminée par les filtres de la plupart des moteurs de recherche Internet. Apparemment, l’œuvre demeure inappropriée, quarante ans après sa création.

 

Art Canada Institute, Alex Colville, Albrecht Dürer, Adam and Eve, 1504
Albrecht Dürer, Adam et Ève, 1504, gravure sur papier vergé, 24,6 x 19,3 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Le tableau représente un couple nu dans une cuisine sombre, debout près du réfrigérateur. L’homme boit un verre de lait; et la femme se tient devant la porte ouverte, comme si elle évaluait ses options. Trois chats se rassemblent à leurs pieds, espérant à boire ou à manger, ou tout simplement de l’attention. Historiquement dans la peinture occidentale, le nu féminin est omniprésent. Mais, le nu frontal masculin intégral, sans la commode feuille de vigne, familière depuis les premières représentations d’Adam et Ève, l’est décidément moins. Ici Colville présente une scène de la vie domestique qui, malgré les allusions à Adam et Ève, est distinctement contemporaine.

 

Comme pour toutes ses images, Colville laisse de côté les détails sans intérêt — il n’y a pas de notes ni de dessins sur la porte du réfrigérateur, le dessus du frigo n’est pas utilisé pour du rangement. La figure féminine se tient debout naturellement, une main tenant la porte ouverte. La figure masculine se tient à côté du réfrigérateur avec le bras allongé sur le dessus, face au spectateur. Même pour un homme de grande taille, ce serait une pose inconfortable, et il faudrait qu’il mesure plus de deux mètres pour être à l’aise avec une telle contorsion. Mais l’image semble normale, malgré ces incongruités physiques.

 

La pose de l’homme n’est pas tirée de la vie réelle, mais obéit aux nécessités de la composition. Son bras tendu crée un lien visuel avec la tête de la femme, et les chats forment une ligne horizontale au bas de l’image, reliée à la figure masculine et complétant ainsi le « cadre » du côté droit. Le rectangle constitué par les corps reproduit le rectangle du réfrigérateur, « âtre » lumineux autour duquel tourne cette scène domestique.

 

La relation entre mari et femme est un thème récurrent dans l’œuvre pictural de Colville, ses personnages les représentant presque toujours, lui et son épouse, Rhoda. Ici, les figures sont autonomes, mais indispensables l’une à l’autre — le sentiment de bien-être ferait défaut en l’absence de l’un des personnages. La pose contorsionnée de la figure masculine ne semble utile que pour équilibrer la composition de la figure féminine. Que la stabilité provienne de la femme n’est pas une surprise, considérant l’ensemble de l’œuvre de Colville — comme dans After Swimming (Après la baignade), 1955, la figure féminine est le point d’ancrage, alors que la figure masculine est en déséquilibre, stabilisée seulement par son lien avec la femme.

 

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