Festival fait partie d’une série de peintures optiques conçues par l’artiste canadien Harold Town (1924-1990). De façon caractéristique, il y vole certains aspects d’un style en vogue et les détourne à une nouvelle fin; en l’occurrence les répétitions de disques et de lignes apparues vers 1960 dans les œuvres des praticiens de l’op art établis à Paris, Victor Vasarely (1906-1997) et Jesús Rafael Soto (1923-2005). Town mêle ces éléments de l’op art pour en faire un canevas riche et dramatique. Le thème du festival en est un qu’il avait précédemment exploré dans ses peintures. Au premier plan, nous sommes témoins d’une activité fébrile évoquant des jongleurs, des lampions, des rubans de papier et des confettis, derrière laquelle on entrevoit une zone de pénombre intergalactique où se contorsionnent des nébuleuses peintes très superficiellement, composées de coches, de vagues et de ce que Town qualifie de « beignes ».

 

Harold Town, Festival, 1965

Harold Town, Festival, 1965
Huile et lucite sur toile, 160 x 160 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

Ted Fraser, commissaire de la rétrospective de l’œuvre de Town de 1975, souligne les connotations sous-jacentes à l’œuvre : « Le mélange de comédie et de tragédie [. . .] est très clairement défini dans Festival. La surface luxuriante de la peinture, avec ses rythmes carnavalesques et sa frénésie de Mardi gras, fait oublier l’espace distant et menaçant qui s’élève en pivotant vers la surface plane. Nous sommes en présence d’un intérieur sombre, cellulaire et psychologique, d’une tempête psychique déchaînée. [. . .] Town a simplement renversé la situation de l’art décoratif du milieu des années 1960 en créant des œuvres hautement personnelles et mémorables, qui proposent une extraordinaire description de l’espace perçu et de l’espace physique. »

 

Cette rubrique en vedette est extraite de Harold Town : sa vie et son œuvre par Gerta Moray.

Autres « en vedette »

Download Download